Violences liées au trafic de drogue : vers une année 2023 record

Par 28/11/2023 - 06:00 • Mis à jour le 28/11/2023 - 09:52

Pas une semaine ou presque sans violences mortelles liées au trafic de stupéfiants: l'année 2023 s'annonce déjà record avec une hausse de 57% des homicides et tentatives d'homicides, a révélé hier (lundi 27 novembre) le patron de la police Frédéric Veaux.

    Violences liées au trafic de drogue : vers une année 2023 record
Photos archives illustration

Pas une semaine ou presque sans violences mortelles liées au trafic de stupéfiants: l'année 2023 s'annonce déjà record avec une hausse de 57% des homicides et tentatives d'homicides, a révélé lundi le patron de la police Frédéric Veaux.

Dernier exemple en date, la mort dans la nuit de samedi à dimanche à Dijon d'un père de famille tué dans son lit par des tirs en rafale visant un point de deal situé juste en dessous de son logement.

Une victime « collatérale », comme Fayed, 10 ans, tué à Nîmes fin août au cours d'une fusillade liée à la guerre entre narcotrafiquants.

Devant la commission d'enquête du Sénat sur le « narcotrafic en France », le directeur général de la police nationale (DGPN), Frédéric Veaux, a annoncé que « 315 faits d'homicides et tentatives d'homicides entre malfaiteurs » avaient été recensés du 1er janvier au 13 novembre, une hausse de 57% sur la même période de 2022.

30% des victimes ont moins de 20 ans

« Nous assistons à une hausse des violences liées aux trafics de stupéfiants », a constaté M. Veaux, précisant que « 451 victimes » de ces actes avaient été dénombrées pendant cette période. « 30% ont moins de 20 ans », a-t-il ajouté.

Dans le seul département des Bouches-du-Rhône, une quarantaine de personnes ont été tuées cette année, dont trois victimes collatérales, selon un décompte de l'AFP.

Cette violence, a expliqué Frédéric Veaux, « est un moyen pour les entreprises criminelles qui contrôlent ces trafics d'asseoir leur emprise ou de l'augmenter, en essayant de récupérer des marchés ». « C'est aussi une méthode de représailles, qui malheureusement s'installe dans des logiques de vendetta, dont on ne voit jamais la fin ».

Cette violence s'étend à des « villes de taille moyenne, un peu partout sur le territoire », a encore souligné le numéro 1 de la police.

« Rivalités de territoires »

Un constat partagé par la gendarmerie. Devant le Sénat, l'adjoint au major général de la gendarmerie, Tony Mouchet, a relevé dans les territoires le développement de la cannabiculture, l'ubérisation de la vente de stupéfiants et l'installation de « hub » (des centres de stockage de drogue pour les trafics en zones urbaines).

La cheffe de l'Office anti-stupéfiants (Ofast) Stéphanie Cherbonnier, a mis aussi l'accent devant les sénateurs sur « les violences criminelles en hausse » pour des « rivalités de territoire ». Ces violences, a-t-elle dit, vont des « règlements de comptes aux homicides, tentatives d'homicides, enlèvements et séquestration... »

« 75 règlements de comptes entre malfaiteurs ont eu lieu depuis le début 2023 », a-t-elle dénombré, ajoutant que « 80 à 90% (étaient) liés aux trafics de stupéfiants »

8000 armes saisies

La police fait une distinction entre les « règlements de comptes classiques » avec victime identifiée, planification de l'assassinat, mobile bien établi qui représentent « 60 à 70 faits par an en moyenne » et « les pseudo-règlements de comptes » que sont les homicides volontaires ou tentatives d'homicides entre délinquants, en très forte hausse.

Cette seconde catégorie n'est mesurée que depuis 2020.

En 2022, « 236 faits ont été recensés avec 65 victimes décédées, en hausse de 12% par rapport à 2021 », selon les données de l'Office central de lutte contre la criminalité organisée (OCLCO). « 37% des faits ont eu lieu dans le Sud » de Toulouse à Nice en passant par Marseille.

En 2022, « 8.000 armes ont été saisies, en hausse de 10% par rapport à 2021, dont 25% à l'occasion d'enquêtes sur le trafic de stupéfiants », a souligné Mme Cherbonnier.

Les Antilles, et la Guyane, zones de rebond

Le marché des stupéfiants génère, selon l'Ofast, 3 milliards d'euros de chiffre d'affaires en France. Il représente « 21.000 emplois à temps plein et 240.000 personnes en vivent directement ou indirectement », a souligné la patronne de l'Ofast.

Les produits ont une forte rentabilité pour les organisations criminelles. « La cocaïne est achetée entre 28.000 et 30.000 euros le kilo et revendue entre 65 et 70 euros le gramme », a ainsi détaillé Mme Cherbonnier.

Elle considère que « la menace » représentée par ce trafic est à « un niveau historiquement élevé ». « La France est à la fois au carrefour des trafics mais également une zone rebond avec les Antilles et la Guyan », a-t-elle insisté, « aucun territoire n'est épargné ».


Tags

À lire également