Chlordécone : action en justice lancée pour indemniser le préjudice d’anxiété des travailleurs exposés de 1970 à 1992

Par 09/09/2026 - 05:40 • Mis à jour le 09/09/2026 - 10:55

Deux cabinets d’avocats ont lancé une action en justice pour faire reconnaître et indemniser le préjudice d’anxiété des ouvriers agricoles exposés au chlordécone dans les bananeraies de 1970 à 1992. Les anciens travailleurs ont jusqu’au 30 novembre 2026 pour rejoindre cette démarche collective.

    Chlordécone : action en justice lancée pour indemniser le préjudice d’anxiété des travailleurs exposés de 1970 à 1992
Image d'illustration

Une action en indemnisation a été engagée le 7 septembre par deux cabinets d’avocats à destination des travailleurs exposés au chlordécone dans les bananeraies entre 1970 et 1992.

L'objectif est de faire reconnaître leur préjudice d’anxiété, indépendamment de la présence d'une pathologie déclarée.

En Guadeloupe, ces anciens ouvriers agricoles vivent au quotidien avec l'incertitude et la crainte de la maladie.

"J'ai vu du sang qui coulait"

Sur la route des chutes du Carbet, rencontre avec une ancienne travailleuse de 72 ans.

Désormais retraitée, Man Huguette a longtemps œuvré dans les bananeraies Dormoy et a, comme beaucoup d'autres, été exposée directement au chlordécone :

Je devais découper le poyo, ramasser les ficelles et les cirés, mettre l'engrais... J'ai même mis un engrais qui m'a brûlée une fois. Quand j'ai retiré ma botte, j'ai vu du sang qui coulait.

Bien qu'elle ait déjà traversé un cancer, aucun lien officiel n'a été établi avec le pesticide. Interrogée sur l'inquiétude que peut susciter cette exposition passée, elle livre son témoignage :

Je suis là, je tiens. Je ne m'inquiète pas, parce que si on s'inquiète trop, on va mourir plus vite. Et peu importe la maladie que j'ai, je ne m'inquiète pas. Je remets ça entre les mains de Dieu. De toute façon, pour ne pas mourir, il ne faut pas naître. Il n'y a que si tu nais que tu meures par la suite.

Dans l'attente d'une réponse administrative

Si cette démarche est avant tout celle de sa mère, son fils partage cette même forme d'anxiété au quotidien :

Je pense que tout le monde l'a le stress, parce que nous sommes liés au chlordécone. Donc, le stress, on vit avec. On sait qu'on doit mourir de toute façon, donc on vit avec. On n'a pas le choix. De toutes façons, on sait déjà que l'eau est contaminée, les tuyau sont contaminés, donc on n'a pas le choix, on est obligé de vivre avec. Je pense que ce n'est pas normal, car l'État aurait déjà dû faire quelque chose pour tout le monde.

Pour obtenir une démarche plus neutre et la reconnaissance formelle de leur préjudice moral, la majorité des victimes s’oriente vers ces actions collectives impulsées depuis Paris.

Les personnes susceptibles d’être concernées peuvent faire analyser leur situation individuelle et s’inscrire jusqu’au 30 novembre 2026 en prenant contact avec les cabinets Phusis Avocats et Quetzal Avocats ou se connecter sur ce site dédié : https://action-chlordecone-qpavocats.fr/

Le reportage de Margaux Boddaert :


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