Transport scolaire en Martinique : toujours pas de bus adapté pour les élèves en situation de handicap
Malgré le déblocage des fonds par Martinique Transport, le service reste paralysé pour des dizaines d’élèves en situation de handicap. En cause : des blocages administratifs chez les transporteurs Blue Car et Noradom, qui laissent de nombreuses familles du Nord et du Sud dans une détresse totale.
La reprise du transport scolaire ce lundi 2 mars s'est faite dans la douleur. Malgré le déblocage des fonds par Martinique Transport, des dizaines d’élèves en situation de handicap restent privés de leur service habituel.
Le problème se cristallise autour de deux entreprises d'un même groupe, Blue Car et Noradom, qui assurent les trajets dans le Nord et le Sud de l'île.
Si les paiements ont été effectués ou sont en cours, des "blocages administratifs" persisteraient au sein de ces sociétés, paralysant le service. Une situation critique qui laisse, une fois de plus, de nombreuses familles dans le désarroi le plus total.
Des familles dans l'impasse
Pour cette famille du Vauclin, le trajet vers Le François n'est plus une simple routine, mais une source d'angoisse permanente. Entre les impératifs professionnels des parents et le stage de leur fille de 17 ans, l'absence de bus transforme chaque journée en un véritable parcours du combattant :
Vous imaginez ? Moi qui commence à 4h du matin, je pars de chez moi dès 3h. Je me vois mal réveiller ma fille à cette heure-là pour l'emmener à mon travail, puis devoir quitter mon poste à 6h pour la conduire à Dumas Cadet. Dieu merci, j'étais en congé pendant une semaine, j'ai donc pu faire les trajets pour l'emmener et la ramener. Mais là, elle rentre en stage. Figurez-vous que lundi et mardi, j'ai dû demander à sa formatrice qu'elle puisse finir un peu plus tôt pour que je puisse la récupérer. Aujourd'hui, je n'ai pas pu car je devais être à mon travail. Ma fille est donc obligée de se réveiller depuis 4h30. Son papa la dépose à la gare à 5h30 pour qu'elle puisse espérer trouver un bus vers 7h. Comme elle est à Bois-Soldat, elle est obligée de prendre son portable et de se mettre en vidéo pour me demander : "Maman, comment je vais faire pour traverser ?" Vous vous rendez compte de la situation de stress et d'émotion dans laquelle ma fille se retrouve ? Elle est juste là, à côté de moi.
"J'essaie de les joindre, mais c'est impossible"
Face au silence radio de Martinique Transport, cette mère de Rivière-Pilote se retrouve seule pour gérer le quotidien de son fils, atteint de troubles et de diabète de type 1. Elle témoigne d'une organisation qui frise la rupture :
Je suis obligée de tout programmer autour de mon fils, et pour le travail, ce n'est vraiment pas évident. Je le dépose le matin, puis je dois moduler mes horaires pour le récupérer, car il finit parfois l'école bien avant que je ne quitte mon poste. Mon planning est très serré : je commence souvent à 8h ou 10h, à l'ouverture de Martinique Transport environ, et je finis à 15h30. Jongler avec tout ça pour récupérer mon fils au collège de Ducos est un défi quotidien. J'essaie de les joindre, mais c'est impossible. Le seul contact que j'ai pu avoir, c'est avec le transporteur. Il m'a expliqué un peu la situation : quelques factures ont été payées, mais pas toutes. Ils disent pouvoir reprendre très prochainement, mais je pense que tous les parents aimeraient simplement que les choses retournent à la normale. Nos enfants ne devraient pas être impactés par tous ces problèmes.
L'angoisse au quotidien
"Maman, qu'est-ce qu'il en est pour le transport ?" Cette question tourne en boucle, chaque jour, comme un cri d'alerte. Pour cette mère du Vauclin dont la fille est en stage au François, l'incertitude est devenue un fardeau quotidien :
Ma fille a des difficultés de compréhension et, par exemple, elle ne supporte pas la foule. Il faut vraiment faire attention avec elle ; elle ne peut pas se retrouver au milieu de trop de monde. C'est pour cela qu'elle ne peut pas prendre le bus public et qu'on lui a proposé le transport adapté. Il y a aussi la question des horaires. Quand elle prenait le bus public, elle devait se réveiller dès 4h du matin pour ne rentrer à la maison qu'à 19h. En ce moment, elle est en stage. Que ce soit la semaine dernière au lycée ou maintenant en stage, dès qu'elle sort, elle m'appelle ou m'envoie des messages : "Maman, appelle le transporteur. Maman, tu es allée voir Martinique Transport ?" J'ai droit à cela tous les jours. Et là, encore aujourd'hui en allant la chercher, la même question revient : "Qu'est-ce qu'il en est pour le transport ?"
Ce mardi 3 mars, une réunion s’est tenue entre Martinique Transport et les sociétés concernées afin de trouver des solutions. En attendant une solution plus pérenne, tous les parents d’enfants en situation de handicap peuvent contacter Martinique Transport par mail à tsa@martiniquetransport.mq.
Cette dotation est versée aux parents mais peut aussi permettre de payer un tiers ou un professionnel sollicités pour emmener les enfants à l’école.
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