« Tout le monde se renvoie la balle » : l'angoisse règne chez les 260 salariés de Sud Lib en chômage partiel

Par 11/09/2026 - 05:33 • Mis à jour le 11/09/2026 - 06:27

Privés de service après l’arrêt du réseau Mobilité Sud ce lundi (7 septembre), les 260 salariés de SudLib sont placés en chômage partiel. L'entreprise fait face à 18 millions d’euros de passif en raison de cinq mois d’impayés de Martinique Transport.

    « Tout le monde se renvoie la balle » : l'angoisse règne chez les 260 salariés de Sud Lib en chômage partiel

L’angoisse règne parmi les 260 salariés de Sud Lib après la mesure de chômage partiel décidée ce lundi 7 septembre par la direction de l’entreprise, qui s'accompagne de l’arrêt total du service.

Les 85 lignes du réseau Mobilité Sud ne sont plus desservies, la société n’étant plus payée depuis cinq mois par Martinique Transport.

Un passif de 18 millions d'euros

Pour Sud Lib, le montant du passif pourrait atteindre 18 millions d’euros à la fin du mois de septembre.

Alors que le transport est censé redémarrer dans le Centre et le Nord, la situation du Sud reste encore en suspens.

De son côté, Sud Lib avait pourtant remplacé Unité Sud Transport le 1er août 2024 dans le cadre de la nouvelle Délégation de Service Public (DSP).

Ce marché avait été revu à la hausse, avec près de 80 bus neufs, de nouvelles lignes et des rotations plus régulières prévues au cahier des charges. Sud Lib reste d'ailleurs le seul réseau doté d'un poste de commandement centralisé.

Au total, avec les sous-traitants, près de 400 salariés alimentent le réseau Mobilité Sud.

Or, les premiers retards de paiement de Martinique Transport seraient apparus dès six mois après la mise en place de cette DSP.

Des employés désemparés

Nathalie Romder, contrôleur à Mobilité Sud et déléguée syndicale de la CGTM-FSM Sud Solidaires, exprime l’inquiétude des salariés :

Nous sommes tous un peu à cran parce qu'on ne sait pas comment on est. On ne sait rien du tout. On est là, on est chez nous, on est livrés à nous-mêmes. On l'entend dans les médias, notre situation, mais sans pour autant venir vers nous pour nous donner plus d'explications que ça. On a fait la démarche d'aller à Martinique Transport, il faut pouvoir savoir notre devenir, comment on sera, qu'est-ce qui se passe. La seule chose qu'ils peuvent nous dire, c'est avec notre patron que c'est à lui de faire les démarches. C'est avec lui qu'il faut voir, mais que pour eux, pour le moment, ils ne reprendront pas de sitôt. On fera payer 60% de notre salaire. Nous, les salariés, c'est nous qui en pâtissons dans tout ça. On aura le loyer à payer, il y en a qui ont des crédits. Avec 60% du salaire, qu'est-ce qu'on peut me faire ? Surtout, là, maintenant, la situation de la vie chère.

Avec une grande majorité des équipes en activité partielle, la crainte pour l’avenir est bien réelle. Nathalie Romder détaille l'impact sur l'ensemble des métiers du réseau :

C'est nous, les salariés: chauffeurs, contrôleurs, chefs de gare. Il y a aussi les animatrices mobiles, les agents du PCC, du CRC. Nous sommes tous en chômage partiel. Une entreprise a mis en place une antenne psychologique pour les salariés, mais comme je dis, beaucoup parmi nous auront du mal à aller se confier à une psychologue pour leur dire vraiment la situation, parce qu'on n'arrive pas forcément à exprimer ce qu'on ressent vraiment. Du jour au lendemain, on nous dit que Martinique Transport ne peut plus nous payer, donc on est obligé de mettre au chômage partiel. On est dubitatif, on se dit: Comment sera demain ? Quel est notre avenir de demain ? Qu'est-ce qu'on va faire de nous ? Il n'y a personne qui peut répondre à ces questions.

Un renvoi de responsabilité dénoncé

La représentante syndicale regrette vivement que les difficultés institutionnelles de Martinique Transport rejaillissent sur le personnel :

On avait eu un CSE extraordinaire au mois de juillet. On a eu un CSE extraordinaire concernant la situation telle qu'elle était. Après, on a eu un CSE normal en début de mois d'août, dont la question aussi a été à nouveau mise sur table par rapport à la situation. On nous avait bien fait comprendre que les choses seraient de plus en plus difficiles. Nous sommes là depuis 2016 et nous ne comprenons pas aujourd'hui la situation telle qu'elle est. Parce que nous pouvons constater que chaque personne se renvoie la balle, Martinique Transport, renvoie la balle à la société. Pour eux, c'est Martinique Transport, et pour Martinique Transport, c'est la CTM, tout le monde se renvoie la balle. J'ai l'impression qu'on ne pense pas aux salariés, on ne pense pas aux usagers. Chaque personne fait leur bout de chemin, mais sans pour autant penser à nos salariés qui, demain matin, vont en pâtir.

Vers une reprise progressive

Les réseaux de transport public de passagers du Centre et du Nord restent également à l’arrêt ce vendredi (11 septembre) au matin.

Du côté de Martinique Transport, on assure toutefois travailler à un redémarrage du service espéré pour la semaine prochaine.

Grâce à un jeu d’écritures comptables effectué lors du dernier conseil d’administration, près de 600 000 euros auraient été dégagés afin de faire circuler les bus jusqu’à la fin du mois de septembre.


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