Présent en Martinique, le CCRUP observe la collecte des sargasses au Robert et leur impact sur la pêche
Une délégation du Conseil consultatif pour les Régions Ultrapériphériques (CCRUP) s’est rendue au Robert, en Martinique, pour observer les nouvelles techniques de collecte en mer des sargasses. De leur côté, les acteurs ultramarins réclament un soutien financier pérenne de l’État et de l’Europe.
Une délégation du Conseil consultatif pour les Régions Ultrapériphériques (CCRUP) s'est rendue en Martinique afin d'observer le phénomène de prolifération des sargasses.
Ce mardi (8 septembre), une trentaine de membres ont assisté en mer à une opération de récolte de cette algue invasive, au large du Robert.
L'impact sur l'activité de pêche
Si l'invasion de sargasses constitue un réel casse-tête pour de nombreux acteurs, elle offre également certains avantages à plusieurs marins-pêcheurs.
C'est le constat de Dimitri, qui exerce au Robert. Selon lui, ces dérivants marins exercent un effet plutôt bénéfique sur son activité :
Lorsqu'on est au large, ça nous sert en quelque sorte d'épaves, de DCP naturel, et ça ramène pas mal de poissons. En revanche, dès qu'on les laisse dériver près de la côte, ça devient contraignant. Si tu poses des filets ou des casiers, les algues s'y accrochent et les font couler. Et une fois sur la plage, c'est très pénible pour les riverains. Mais pour moi, en tant que pêcheur, je ne vais pas vous mentir : les sargasses ont été bénéfiques. Au large, on a pu remonter beaucoup de poissons sous ces nappes qui dérivaient sur plusieurs kilomètres. On a aussi de la chance, car on pêche de la dorade toute l'année depuis qu'elles sont là. Normalement, la dorade a sa saison, mais aujourd'hui, elles naissent et grandissent sous les sargasses avant d'arriver sur nos côtes.
"Un phénomène avec lequel il ne faut pas jouer"
Présent lors de l'opération, Gérard Zitte, président du comité des pêches et des élevages marins de La Réunion, a suivi l'intervention avec attention.
Son île commence à subir ce phénomène, bien que dans une moindre mesure pour l'instant. Il est ainsi venu s'inspirer du savoir-faire martiniquais
Je vais prendre toutes les informations nécessaires pour que, si ce phénomène arrive dans l'océan Indien, nous soyons capables d'y faire face : aussi bien en mer avec les pêcheurs qu'à terre pour le matériel électronique, les habitations ou le poisson. C'est un problème avec lequel il ne faut pas jouer. Il faut que l'État français et l'Europe le prennent en compte dès maintenant pour commencer à travailler dessus et débloquer des fonds pérennes.
Un nouveau dispositif de collecte
Au large de la pointe Lynch, le nouveau dispositif de collecte, inauguré à peine deux semaines plus tôt, montre déjà ses capacités : il peut traiter plus de 100 tonnes d'algues par jour.
Des résultats probants d'après Nicolas Singellos, directeur adjoint de la mer :
On constate qu'on arrive à réduire la pression de ces arrivages de sargasses fraîches sur les barrages. Moins il y a d'algues fraîches, moins on en retrouve décomposées sur le littoral, ce qui limite les impacts sanitaires et économiques pour les populations. On voit que ça progresse : on récolte de plus en plus de tonnes sur ces barrages pour faire baisser la pression.
La menace sur la souveraineté alimentaire
Même si son territoire reste épargné pour l'heure, Léonard Raghnauth, président du comité des pêches et élevages marins de Guyane, se montre très attentif à la situation et mesure les épreuves traversées par les pêcheurs martiniquais :
On constate une forte présence de sargasses et c'est extrêmement gênant pour la population et les citoyens martiniquais. En même temps, quand on regarde l'impact sur la filière pêche, c'est la souveraineté alimentaire même de la Martinique qui se retrouve menacée.
Le 15 septembre 2026, les élus du littoral d'Outre-mer se réuniront à Paris.
Ces derniers attendent des engagements fermes du gouvernement pour financer la lutte contre les sargasses, avec en ligne de mire la création d'un fonds dédié.
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