La musique trap rend-elle les jeunes plus violents ?
En Martinique, une étudiante de l’Université des Antilles s’est penchée sur l’influence de la trap sur les comportements des jeunes. Si certains y voient un facteur de violence, d’autres rappellent que le problème est plus profond que la musique.
La trap, sous-genre du rap né aux États-Unis dans les années 2000, tire son nom des trap houses, ces maisons où se vend de la drogue.
Avec ses textes de prédilection centrés sur le trafic, les armes et l’argent, elle est devenue un phénomène mondial… et un sujet de débat.
« Un mode de vie »
En Martinique, Célia Ventura Kortenhoven, étudiante en recherche à l’Université des Antilles, s’est interrogée dans son mémoire : la trap contribue-t-elle à la propagation de la violence chez les jeunes ?
Déjà, il faut comprendre que la trap est devenue plus qu'un genre musical. C'est un mode de vie pour certains jeunes. En Martinique, quand on va dans les quartiers populaires, c'est vraiment ce qui anime les jeunes du quartier. Ils se construisent autour, si on veut. Ça va du style vestimentaire à la façon de parler. C'est toutes les activités aussi annexes qui sont reliées au genre musical.
Pour elle, l’impact ne se limite pas aux paroles :
On va même plus loin, parce que pour faire de la trap, les jeunes considèrent même que vous devez avoir une certaine crédibilité. Ça veut dire que si vous ne faites pas ce que vous dites, ça sera mal perçu. Je me suis rendu compte que les jeunes ont conscience que la musique qu'ils écoutent peut avoir une incidence négative sur leur attitude, leur comportement, la façon dont ils réagissent à certaines situations.
Raconter son histoire
Shaka Zulu, rappeur martiniquais de trap, n'est pas d'accord avec l’idée que ce style soit responsable d’une hausse de la violence :
En vrai, la trap c'est un piège. La trap serait plus associée à la rue. Une fois que tu mets ton pied dans la rue, c'est difficile de sortir. C'est pour ça que la plupart des artistes qui chantent de la trap, ils chantent la rue, justement. Chaque génération, ils ont pu l'entendre. Avant, en Martinique, ils associaient la drogue, le cannabis avec le reggae, avec les Rasta. Maintenant, quand le taux de violences a un peu augmenté, ils disent tout de suite que c'est les rappeurs qui en sont la cause. Donc, associer la trap avec la violence, je ne suis pas d'accord.
Face à la question de savoir si la trap devrait être limitée ou censurée, Florabelle Spielmann, anthropologue et responsable du patrimoine culturel immatériel au Conseil départemental de la Guadeloupe, se montre sceptique :
Je pense que la situation appelle à une intervention de la puissance publique, à des actions politiques fortes. Dans tous les cas, tout le monde, effectivement, s'interroge sur cette montée de la violence, mais empêcher ou vouloir limiter l'écoute de certains morceaux, vu la situation dans laquelle se trouve la Guadeloupe, je ne vois pas en quoi ça pourrait résoudre un problème qui semble être un problème beaucoup plus profond.
Si certains reconnaissent qu’elle peut influencer les comportements, beaucoup estiment que la racine de la violence se situe ailleurs.
À ÉCOUTER Le reportage de Mégan Bourdon-Cohen
√ Rejoignez notre Chaîne Whatsapp, RCI INFOS MARTINIQUE, pour ne rien rater de l’actualité : cliquez ici.





