[Dossier] L'oubli et le déni, des mécanismes de défense des victimes d'inceste

Par 02/03/2021 - 11:15
01/01/2020 - 00:00

Cette semaine, RCI donne la parole aux victimes d'inceste en Martinique, aux associations qui les accompagnent, aux enquêteurs et aux représentants de la justice. Ce deuxième épisode se penche sur les mécanismes psychologiques de défense des victimes.

    [Dossier] L'oubli et le déni, des mécanismes de défense des victimes d'inceste

Agressée sexuellement par sa cousine, une adulte, quand elle avait moins de 10 ans, Murielle* a mis 50 ans à réaliser qu'il s'agissait d'inceste. À l'époque, elle n'avait aucune conscience qu'il s'agissait d'inceste car son agresseur était une femme et qu'elle aimait bien jouer à "maman et papa", comme lui disait sa cousine.

C'est en 2015 qu'elle prend conscience d'avoir été victime alors qu'elle accompagne sa fille victime d'inceste à l'AMEVI , association mille et une victimes d'inceste.

Il a fallu que ma fille me fasse remonter l'inimaginable. Quand je l'ai appris, j'ai fait un gros malaise dans ma voiture. Ce n'était pas possible, ce que j'entendais. J'ai été transportée inconsciente à l'hôpital. Quand je me suis réveillée, on m'a expliqué ce qui c'était passé, qu'il me fallait un accompagnement psychiatrique

C'est lors d'un rendez-vous à l'AMEVI avec sa fille que ses souvenirs lui reviennent en mémoire.

Je suis allée en tant que parent soutenant mais lors des différents partages, j'ai réalisé que moi aussi j'étais une victime. Elle me demandait de me déshabiller. Après, elle s'allongeait sur moi. J'ai pas trop compris à l'époque. Je n'étais pas la seule enfant

Le déni et l'oubli font partie des conséquences psychologiques sur les victimes de ces actes.

Selon Claire-Emmanuelle Laguerre, docteure en neurosciences, psychologue clinicienne et expert psychologue auprès de la Cour d'Appel, les victimes d'agressions sexuelles commises par ascendant développent des mécanismes de défense qui expliquent qu'elles restent si longtemps sans parler.

On parle d'oubli traumatique ou de mémoire traumatique. Il y a aussi le déni. Ce sont des mécanismes de protection. C'est pour pouvoir continuer à évoluer. Sachant que la victime quand elle est confrontée à ces actes répétés dans le temps par des personnes qui ont autorité, elle va essayer de faire comme si de rien n'était. Et puis à l'âge adulte, on va avoir des personnes qui seront confuses au moment de relater les faits. Cela fait partie du caractère traumatique et ça ne remet pas en question l'authenticité du discours de la victime

Les conséquences psychologiques sur les victimes d'inceste sont diverses comme l'explique Claire-Emmanuelle Laguerre. Elles touchent à l'évolution de la personnalité durant la jeunesse.

Quand on grandit, on a l'impression de ne pas être comme les autres. L'entourage peut observer des changements brutaux chez l'enfant comme l'enfermement dans le silence. À l'adolescence, il peut y a voir des comportements déviants : l'alcoolisation, la toxicomanie, des troubles alimentaires. Ce sont des troubles qui vont rappeler tout ce qui touche au corps. On peut aussi avoir des comportements d'hyper conformité. Et puis quand la mémoire revient par un élément déclenchant, le souvenir peut ressurgir de manière très violente et il s'impose à la victime

Aujourd'hui, Murielle, la maman a pris le pas sur la victime même si elle est toujours suivie. Elle culpabilise énormément de n'avoir pas vu les « signes » que lui envoyaient sa fille, plus petite.

Quand ça se passait pour elle, elle a essayé de me faire comprendre les choses en me disant qu'elle ne voulait pas aller chez telle ou telle personne. Moi en tant que parent, je lui demandais d'être polie. Je n'ai pas violé ma fille mais je n'ai pas su la protéger. J'ai mal pour elle car ce n'est pas que je voulais pour ma fille

La mère de famille encourage les parents à être très attentifs à leurs enfants, à les écouter et à surveiller les petits signes.

Ecoutez le reportage d'Hanna Roseau :

 

Tags