Crise à Martinique Transport : plus de 50 millions d’euros de déficit et toujours aucun bus sur les réseaux
Le conseil d’administration de Martinique Transport se réunit ce mardi 8 septembre dans un contexte de crise financière majeure. Avec un déficit supérieur à 50 millions d’euros, l’autorité organisatrice n’est plus en mesure de financer normalement ses marchés. Les réseaux du Nord, du Centre et du Sud sont désormais à l’arrêt.
La situation s’est progressivement dégradée ces derniers jours. Après l’arrêt des réseaux du Centre et du Nord en fin de semaine dernière, SudLib a à son tour suspendu l’ensemble de ses lignes lundi.
À ce stade, aucun bus urbain ne circule donc dans ces trois secteurs et aucune date de reprise n’est annoncée.
Seuls le TCSP et le transport scolaire continuent de fonctionner.
A lire aussi : Lundi noir pour les transports en Martinique, seuls le TCSP et les bus scolaires circulent
Réuni à partir de 14 heures à l’Étang-Z’Abricot, à Fort-de-France, le conseil d’administration doit notamment examiner les possibilités permettant de terminer l’année et de trouver de nouvelles ressources financières.
Serge Sainte-Rose, troisième vice-président de Martinique Transport et délégué au transport à l’Espace Sud, estime qu'il s'agit d'une mission compliquée.
La solution, elle est financière, donc on ne pourra pas la trouver d’un claquement de doigts, mais il faut qu’on voie de façon globale comment finir cette année, où trouver les fonds
Plus de 50 millions d’euros de déficit
Les chiffres permettent de mesurer l’ampleur des difficultés.
Le transport public de passagers en Martinique représente environ 155 millions d’euros de dépenses pour seulement 11 millions d’euros de recettes.
Ces dernières années, Martinique Transport aurait également dépensé environ 20 millions d’euros de plus que son budget, contribuant à la situation financière actuelle. Serge Sainte-Rose soulige d'ailleurs le courage d'Arnaud René-Corail, actuel président de Martinique Transport.
Nous avons dépensé plus que nous avions dans les caisses. C’est le président actuel de Martinique Transport qui nous a donné cette information. Il fallait avoir le courage de dire que la situation était difficile et qu’elle ne peut plus continuer dans cette direction
Selon lui, un travail de fond est désormais indispensable pour comprendre comment l’autorité organisatrice a pu en arriver à cette situation.
La CRC saisie
Le troisième vice-président de Martinique Transport plaide pour un audit permettant d’identifier les marges de manœuvre de l’établissement.
Aujourd’hui, il faut un audit pour comprendre vraiment quelles sont nos marges de manœuvre, où est-ce qu’on a péché, à quel niveau ça n’a pas fonctionné.
Le préfet a demandé l’intervention de la Chambre régionale des comptes. Une information sur laquelle la préfecture de Martinique refuse de confirmer ou d'infirmer.
Une démarche accueillie favorablement par Serge Sainte-Rose, qui souhaite que ce contrôle permette de faire « un point d’étape » avant d’engager une réflexion sur l’avenir du réseau.
La possibilité d’un emprunt est également évoquée, sans qu’aucune décision n’ait encore été annoncée.
Les EPCI sollicités à hauteur de 7,5 millions d’euros
Pour permettre un redémarrage des transports, une aide de 7,5 millions d’euros a été sollicitée auprès des trois intercommunalités : la CACEM, Cap Nord et l’Espace Sud.
La demande doit être examinée en conseil communautaire par chacune des trois collectivités au cours du mois de septembre.
Mais cette piste s’annonce compliquée.
A lire aussi : Crise à Martinique Transport : plusieurs élus s’élèvent pour dénoncer la situation de l'entité
En cette fin d’année, les budgets des EPCI sont déjà largement engagés et leurs marges financières limitées. Serge Sainte-Rose prévient que la solidarité entre collectivité sera contrainte.
Il ne faut pas qu’on s’appuie sur tous les EPCI, parce que les EPCI n’ont pas, en cette fin d’année, les financements qu’il faudrait. La solidarité doit avoir une limite, parce que ça veut dire qu’il y a d’autres missions qui ne seront pas effectuées
Il appelle néanmoins l’ensemble des collectivités à travailler ensemble.
Tous les acteurs, des communes en passant par les EPCI jusqu’à la CTM, nous devons nous asseoir, parce que c’est un sujet qui nous concerne tous
Le transport scolaire assuré jusqu’au 31 octobre
Dans cette crise, le transport scolaire est pour l’heure préservé.
Son fonctionnement est assuré jusqu’au 31 octobre grâce à une enveloppe de 5 millions d’euros dégagée par la Collectivité territoriale de Martinique.
Cette somme a été récupérée sur des crédits initialement destinés à des investissements qui ne seront pas réalisés dans l’immédiat.
Des mesures d’économie sont également prévues. Parmi elles figure la suppression de 700 postes d’accompagnants scolaires afin de contribuer au financement du service.
Le coût du réseau du Sud passé de 20 à 41 millions d’euros
Serge Sainte-Rose pointe également l’augmentation importante du coût des réseaux au fil des années.
Dans le Sud, explique-t-il, le montant est passé d’une proposition initiale d’environ 20 millions d’euros à 30 millions, puis à 41 millions aujourd’hui.
Le développement des transports dans le Nord et le Centre a lui aussi augmenté les besoins financiers de Martinique Transport.
Aujourd’hui, on a voulu avoir un transport qui soit un transport efficace. Le Nord n’était pas desservi. Le Sud a aussi amplifié une proposition. Il y avait une proposition qui était à 20 millions, qui est passée à 30, qui est aujourd’hui à 41 millions. Et le Centre aussi a connu son développement.
Le paiement des transports également pointé du doigt
Parmi les leviers envisagés figure aussi l’amélioration des recettes commerciales.
Serge Sainte-Rose estime notamment que le réseau du Centre souffre d’un niveau de recettes insuffisant et rappelle que les usagers doivent contribuer au financement du service.
Les usagers doivent comprendre que le transport ne peut survivre que si tout le monde y met du sien. Il faut payer quand on prend le transport
Pour l’élu, la réponse ne peut toutefois pas se limiter à des économies ponctuelles ou à des injections financières d’urgence. Il appelle à une réflexion globale sur l’organisation du transport à l’échelle de toute la Martinique, y compris les liaisons maritimes.
Il ne faut pas qu’on commence à découper le transport pour qu’il n’y ait plus un vrai transport sur ce territoire
La réunion de ce mardi doit donc permettre de chercher des solutions immédiates pour sortir de la paralysie, mais aussi d’ouvrir le débat sur le financement et l’organisation à plus long terme de Martinique Transport.
√ Rejoignez notre Chaîne Whatsapp, RCI INFOS MARTINIQUE, pour ne rien rater de l’actualité : cliquez ici.





