Le Tribunal Judiciaire de Fort-de-France fait sa rentrée et dresse le bilan d'une activité pénale en hausse en 2025
Lors de l’audience solennelle de rentrée ce lundi 2 février, le tribunal judiciaire de Fort-de-France a dressé le bilan d'une année 2025 marquée par une explosion des affaires pénales.
Traditionnelle audience solennelle de rentrée du tribunal judiciaire ce lundi 2 février. L’occasion de faire le bilan de l’année judiciaire 2025 et présenter les axes de la politiques pénales 2026.
L’année 2025 a vu le parquet toujours très sollicité avec pas moins de 26 600 nouvelles affaires pénales, contre 22 400 l’année précédente.
Le tribunal de commerce a également vu une hausse de son activité, avec notamment la problématique de dépôt des comptes des entreprises. Le taux de dépôt est passé de 20% à 55%, la moyenne nationale étant de 80%. Des efforts restent toujours à faire en matière de délais d’audiencement.
Repenser le jugement
Aline Olié, présidente du tribunal judiciaire de Fort-de-France a présenté les grands axes pour 2026. L’un de ces deux points : penser autrement la manière de de juger :
Je pense qu'il est important de penser autrement notre manière de juger, de réserver l'audience à des contentieux où l'intervention du juge est essentielle, et d'inciter nos concitoyens à ne plus penser la justice selon le modèle 'vainqueur/vaincu', mais en trouvant des modes de conciliation et de médiation. La justice civile sera enrichie par un tel changement d'optique. Au niveau du pénal, il faut davantage penser en parcours du justiciable pour les victimes. Leur parcours est encore trop souvent le parcours du combattant. Cette année 2026 sera consacrée au travail autour du parcours individualisé des victimes pour mieux les accompagner. C'est extrêmement important.
Le procureur de la République de Fort-de-France, Yann Lebris, estime qu’il faut juger plus vite et mieux. Selon lui, cette mission passera par les alternatives aux poursuites et aux réponses pénales rapides :
Pour l'année 2026, d'abord, il faudra continuer à privilégier les réponses pénales rapides telles que les comparutions immédiates, CRPC déferrement, les ordonnances pénales qui permettent d'avoir, une décision judiciaire dans des délais qui soient des délais raisonnables, que l'on soit auteur ou victime. Ça, c'est déjà la première orientation. La deuxième, c'est de mieux renforcer les alternatives aux poursuites en faisant travailler encore plus nos délégués du Procureur. L'alternative aux poursuites représente aujourd'hui près de 40% de la réponse pénale. Si on n'avait pas d'alternative aux poursuites, le tribunal serait totalement saturé. Ces alternatives fonctionnent. Il y a bien évidemment des gens qui sont convoqués, qui ne viennent pas, et c'est un échec. Toutes les personnes convoquées qui ne viennent pas, aujourd'hui, sont reconvoquées devant le tribunal pour s'expliquer devant le juge. Donc, lorsqu'on parle de l'échec de l'alternative, c'est finalement surtout un échec pour celui qui est poursuivi, parce que ça veut dire qu'il n'a pas compris qu'il pouvait finalement avoir une réponse pénale plus souple, plus adaptée, plus équilibrée qu'une convocation devant le tribunal.
Sarah M'Buta, nouvelle coordinatrice des juges des libertés
Cette audience de rentrée a été l’occasion d’installer une nouvelle magistrate, coordinatrice du service des juges des libertés, la juge Sarah M’buta. Cette martiniquaise était déjà juge auprès du tribunal correctionnel. La présidente du tribunal salue cette promotion et l’exemple qu’elle représente pour les martiniquaises :
Ce ne sont pas mes premières années au tribunal puisque j'ai déjà été présidente de Correctionnelle pendant quatre ans. C'est un changement de poste qui est cohérent avec mon parcours. Je sais que ce n'est pas évident de se projeter quand on est jeune. Je sais que ce n'est pas évident quand on est jeune et antillais. Peut-être qu'on a moins de moyens que d'autres et qu'on n'a pas de proche de notre famille qui ont fait des études, qui sont magistrats ou qui ont des fonctions de notable, pour qu'on se dise que c'est possible. En tant que Martiniquaise qui a fait ses études ici, c'est aussi important pour moi d'apporter mon regard et ma pierre à l'édifice judiciaire. J'ai fait des études de droit et c'est un métier technique et profondément humain. C'était la croisée des deux chemins et c'est vrai que je voulais pouvoir œuvrer pour la justice avec un idéal de ce qui est juste et injuste. Je ne me considère pas comme un exemple. Si je peux l'être pour des plus jeunes, tant mieux. Je fais de mon mieux tous les jours.
Entre vigilance économique et urgence routière
Interrogée par Cédric Catan, la présidente du tribunal judiciaire, Aline Olié, a souligné la surcharge de travail du tribunal de commerce. En cause : la question du dépôt des comptes, dont la fréquence augmente localement tout en restant globalement inférieure aux attentes nationales.
Il faut accompagner les chefs d'entreprise par la pédagogie, comme en témoignent les 20 000 injonctions délivrées, tout en passant à la vitesse supérieure pour ceux qui refusent sciemment de déposer leurs comptes. Victimes de notre succès, nous passons de 20 % de dépôts en 2022 à 55 % aujourd'hui ; le tribunal s'adapte donc en réduisant le nombre de personnes convoquées pour améliorer l'accueil.
Si l’année 2025 a été marqué par une forte hausse du nombre d’homicides, le nombre d’accidents de la route n’est pas en reste. Pas moins de 40 personnes ont perdu la vie l’année dernière. Yann Le Bris, Procureur de la république évoque ces nombreux accidents :
C’est très préoccupant. Si la population s’inquiète légitimement de la visibilité des homicides, je suis surpris que l'on parle si peu des morts sur les routes de Martinique. Il doit y avoir une prise de conscience parallèle : la violence routière est tout aussi inquiétante que les tentatives de meurtre. Il ne faut pas oublier de traiter ce contentieux car, je le rappelle, il y a aujourd'hui pratiquement autant de victimes sur la route que d'homicides.
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