Retards de bourses à l’IFMES : « On n'est pas aidés », déplorent les étudiants

Par 25/09/2026 - 08:47 • Mis à jour le 25/09/2026 - 08:55

Confrontés à d'importants retards de versement de leurs bourses pour la deuxième année consécutive, les étudiants de l'IFMES alertent sur la précarité de leur situation. Alors que les versements sont annoncés pour mi-octobre, l'incompréhension domine face au rejet de responsabilité entre la CTM et le CROUS.

    Retards de bourses à l’IFMES : « On n'est pas aidés », déplorent les étudiants

À l’Institut de formation aux métiers éducatifs et sociaux (IFMES), l'inquiétude grandit.

Une centaine d’élèves, se formant notamment aux métiers d’éducateurs spécialisés, d’accompagnants éducatifs et sociaux ou d’éducateurs de jeunes enfants, attendent toujours le versement de leurs bourses sanitaires et sociales.

Comme l’année précédente, d'importants retards d'attribution sont dénoncés.

La situation souffre d'un flou institutionnel : si les aides sont financées par la Collectivité Territoriale de Martinique (CTM), leur distribution effective est déléguée au CROUS.

Confrontés à des renvois de responsabilité mutuels entre les deux organismes, les étudiants peinent à obtenir des réponses claires.

Un quotidien précaire qui menace la poursuite des études

Face aux difficultés financières générées par ces retards à répétition, certains apprenants envisagent d'abandonner leur cursus.

Contraints de financer leur loyer et leur alimentation sans revenus assurés, la recherche d'un emploi d'appoint devient souvent inévitable, bien que difficilement compatible avec les 35 heures hebdomadaires partagées entre les cours théoriques et les stages sur le terrain.

Confrontée directement aux conséquences de ces versements tardifs sur son cursus, Jade, étudiante à l’IFMES, témoigne de ce choix difficile :

Il faut se nourrir, il faut payer le loyer. C'est beaucoup de difficultés qui mènent au fait qu'on peut avoir envie de quitter la formation et peut-être trouver un autre travail. Et je trouve ça dommage parce que surtout aux Antilles, on dit que les jeunes partent en métropole pour étudier. Quand on voit ça, on comprend pourquoi, parce qu'on n'est pas aidé. On a 35 heures par semaine, que ce soit en formation sur le centre même ou en stage. Et c'est vrai que si on trouve, on pourrait faire un job à côté, mais ça enlève du temps sur le travail personnel. Ça reste une grosse difficulté. Il y a des étudiants qui ont essayé de travailler en même temps, sauf que les horaires ne correspondent pas avec les horaires de formation ou de stage. Donc, il y a un choix à faire. Et souvent, c'est celui de travailler.

Un parcours du combattant administratif

Pour la deuxième année consécutive, la procédure d'attribution manque de transparence et d'anticipation.

L'an passé déjà, le transfert de gestion vers le CROUS avait retardé le premier versement jusqu'au mois de décembre.

Cette année encore, aucune notification d'attribution claire ni calendrier précis n'ont été communiqués aux élèves.

Soulignant l'absence totale de visibilité sur l'échéancier des paiements, Marine Henery, étudiante en deuxième année à l’IFMES, détaille la lourdeur des démarches :

L'année dernière, on a d'abord débuté en s'inscrivant sur le site de la collectivité pour pouvoir avoir la bourse sanitaire et sociale. Ensuite, on a reçu un mail disant que le relais était pris par le CROUS. Donc, il a fallu faire une nouvelle inscription auprès du CROUS. Ce qu'on a fait, on était à courant août. Sauf qu'en général, les inscriptions pour les bourses se font en mars, avril. Et pour nous, c'était normal que ça prenne un peu de temps puisqu'on a eu les inscriptions en retard. Sauf qu'on a attendu décembre pour avoir le premier versement des bourses. On a eu en décembre la bourse de septembre, octobre et décembre. Et à partir de décembre, on a commencé à recevoir les bourses autour du 15, 20, 28 de chaque mois. Et il a fallu qu'on pousse un petit cri pour pouvoir expliquer que ça ne pouvait plus durer. À partir de là, je crois qu'en mai et juin, ils ont fait un effort et on a reçu les bourses aux alentours des dates initialement prévues. Cette année, on constate qu'on n'a toujours pas de notification d'attribution de bourse. Et quand on reçoit la notification, on n'a toujours pas de visibilité sur quand on va recevoir la bourse ou pas. Normalement, bourse est attribuée autour du 4 ou du 5 de chaque mois et on n'a aucune visibilité sur quand la bourse arrivera.

Une régularisation annoncée pour mi-octobre

La précarité touche directement l'accès à la formation.

Sans ressources durant la période estivale, certains étudiants ne disposent plus du budget nécessaire pour assurer leurs déplacements quotidiens, un problème accentué par les perturbations des transports publics.

Pour faire entendre leur voix, les élèves se sont mobilisés collectivement en contactant les médias.

Interpellée par la détresse de ses camarades, Marine Henery rapporte une situation critique du quotidien :

J'ai eu une étudiante qui m'a interpellée et qui m'a dit : Marine, je pourrais pas attendre décembre pour avoir ma bourse. Elle m'a dit: Je suis à deux doigts d'arrêter la formation parce que je n'ai pas d'argent. Juillet-août, je n'avais pas de revenus. J'ai fait comme je pouvais, mais là, en septembre, je n'ai même pas de quoi prendre le transport pour venir en formation. On savait qu'il y avait la grève des transports. Elle a dû utiliser ses économies, déjà, pour pouvoir prendre le taxi pour se rendre en formation. On a tous rédigé un message pour pouvoir transmettre aux médias essayer de faire entendre notre voix en tant qu'estudiants. Nous, directement, on n'a pas eu le CROUS. Selon quand même la Centre sociale, elle nous a fait comprendre que le CROUS attendait les fonds versés par la CTM. Mais à partir de là, ça, ça remonte au début du mois de septembre. Aujourd'hui, on ne sait pas du tout où ça en est. On n'a pas de visibilité, on ne sait pas qui contacter. Une chose est sûre, c'est que nous, étudiants, on a besoin de cet outil, parce que c'est quand même un outil essentiel, pour pouvoir continuer notre formation de façon plus sereine.

Contactée à ce sujet, la CTM indique qu'un mandatement a été exécuté le 24 septembre.

Les fonds doivent être transférés sous 2 à 3 jours sur le compte du CROUS, qui disposera ensuite d'un délai légal de 10 jours pour effectuer le virement sur les comptes des bénéficiaires.

Les étudiants éligibles devraient ainsi percevoir leurs indemnités au plus tard à la mi-octobre.

La CTM rappelle par ailleurs que lors des exercices précédents, les bourses avaient été régularisées entre les mois de novembre et de janvier.


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