"C'est une catastrophe" : le monde agricole aux abois face aux effets de la sécheresse
Une réunion d’urgence s’est tenue hier après-midi (12 août), à la Chambre d’Agriculture de Martinique, afin de dresser un bilan des dégâts de la sécheresse. En effet, les éleveurs ont de plus en plus de mal à trouver de quoi nourrir leur cheptel. Les professionnels interpellent une nouvelle fois les autorités et réclament des aides d’urgence.
Sols plus secs, cultures fragilisées et rendements qui diminuent, la profession agricole n’en finit plus de subir les effets de la vague de sécheresse qui affecte notre île depuis plusieurs semaines. Le manque d’eau impacte fortement les éleveurs qui peinent à nourrir et à abreuver leur bétail. Plus de 200 bovins ont déjà péri depuis le début du Carême.
Les agriculteurs également sont en difficulté. Le secteur de la canne par exemple, est en grande souffrance, avec une récolte historiquement basse : 173 000 tonnes récoltées cette année, soit 60 000 de moins qu’en 2025.
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Chaque goutte compte
Bananiers, cannes à sucre, cultures vivrières ou élevages, les professionnels doivent désormais composer avec une ressource en eau de plus en plus tendue.
Le constat est tout autant alarmant pour la production maraîchère. Les rendements ont baissé de moitié sur certaines cultures, comme la tomate ou l’avocat, qui perdent en qualité à cause de la chaleur. Juvenal Remir directeur de l’exploitation CHM MAYA déplore :
Le maracuja est un fruit qui aime la chaleur certes. Mais l'abeille qui féconde la fleur meurt parce qu'il fait trop chaud. Pour la banane, vous allez avoir beaucoup de pieds qui se cassent puisqu'il n'y a pas d'eau. Il peut parfois y avoir une bonne température, puis une vague de chaleur et tout de suite après, il y a de l'eau. J’ai entendu que dans le sud de l’île, c'était la catastrophe.
Mais au nord, même bilan. Certaines cultures comme la dachine ou le chou de Chine payent un lourd tribut face à la chaleur excessive, selon Juvenal Rémir, qui s’attriste que ces légumes « ne soient plus comme avant. »
Des ouvriers qui se sentent abandonnés, face parfois à un manque de soutien de l’État. Il poursuit :
Je n’ai pas entendu la Chambre d'agriculture ni les syndicats. Il faudra que l'on déclare notre métier comme sinistré auprès de la CTM. Parce que c’est une catastrophe naturelle. La chaleur est très étouffante.
Les travailleurs perdants… tout comme les consommateurs
Bien que certains produits, comme la christophine, aient bien poussé en raison des fortes températures, d'autres, comme l'avocat ou la tomate, manquent sur les étals, ce qui déséquilibre les ventes. Victor Monlouis-Bonnaire, agriculteur bio, s’en inquiète :
La baisse de rendement ou la surproduction s'accompagne de fluctuations sur le prix, ce qui n'arrange ni le consommateur, ni les producteurs qui observent une baisse des prix, ce qui ne leur permet pas de lisser les revenus de l'exploitation.
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La situation est critique donc, confirme également José Maurice, président de la chambre d’agriculture, joint au téléphone par nos équipes :
On avait vu les premiers dégâts, dès le mois de mai, même un peu avant. Et là, on constate que les choses se sont aggravées. On a des troupeaux vraiment perdition qui sont en très mauvais état. On a aussi des conséquences sur la canne, sur le miel, sur le végétal en général.
Une situation dont il est primordial d’en évaluer les retombées. La réunion d’urgence tombe alors à point. Il alerte :
C'est important pour nous de faire un point et d'essayer d'avoir une évaluation chiffrée des dégâts. Les agriculteurs sont obligés d'acheter des aliments en quantité, parce qu'il faut bien nourrir les animaux, puisqu’il n'y a pas d'herbe. Pour le miel, ils sont obligés d'acheter du sucre ou du sirop pour alimenter les ruches, car il n'y a pas de fleurs non plus. Il nous faut des réponses d'urgence. On ne peut pas attendre des mesures classiques qui vont nous donner des indemnisations dans un an ou deux. Il nous faut vraiment des réponses rapides pour pouvoir essayer de maintenir la production sur le court terme, puis d’élaborer un plan beaucoup plus important pour la suite.
Des pratiques qui s’abandonnent
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La sécheresse a déjà entraîné plusieurs périodes de vigilance. Une situation qui fragilise les cultures et oblige les exploitants à adapter leurs pratiques. Du maraîchage bio à la banane, en passant par les petites exploitations, chacun tente de faire face à ce manque d’eau.
Jerrick Venitus est éleveur et agriculteur. Sur son exploitation au Vauclin, la pénurie d'eau a eu raison de ses cultures :
Quand on est arrivé au mois d'avril-mai, et que j'ai vu comment il faisait sec, j'ai décidé d'arrêter les plantations parce que je n'ai pas d'eau pour arroser. On plante pour voir les plantes mourir et ne pas avoir de bénéfices. J'essaie de garder en vie ce que j'ai, donc un petit peu de piment, les bananes surtout, jaune, figue ou pomme.
La sécheresse a impacté directement ses rendements. Les fruits ne grossissent pas et sont de moindre qualité. Il s’alarme :
J'ai des avocats qui font 800 grammes en tant normal. Cette année, ils doivent faire 400 ou 300 grammes. Ça n'a pas poussé. Ils sont vraiment tout petits. Ça tombe tout seul aussi due au manque d'eau. Sur les plantations, même sur la culture des fruits, ce sera très dur cette année.
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Pour Victor Mont-louis Bonnaire, plusieurs solutions pourraient exister et être mis en place pour aider les agriculteurs. Il explique :
On pourrait imaginer qu'il y ait des réserves qui puissent se faire avec de la récupération d'eau et en même temps de l'alimentation par l'intermédiaire du système d'irrigation agricole. Quand vous avez des citernes, ce qui est important, c'est que cette eau circule pour qu'il n'y ai pas de bactéries. Ça veut dire qu'il faut trouver un système pour non seulement pouvoir nettoyer les bacs, mais en même temps amorcer d'autres bacs au cas où il y aurait une casse. Ça demande une ingénierie. L'irrigation aujourd'hui, c'est extrêmement cher.
Un système ingénieux mais qui reste onéreux. Pour un système d'irrigation complet, il faut compter entre 10 et 15 000 € à l'hectare, selon l'agriculteur.
La profession souhaite que les pouvoirs publics prennent la mesure de la situation que des mesures d'accompagnement soient rapidement mises en place.
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