Polémique sur les soirées festives au Mémorial ACTe : « L'indignation est très facile », répond Raphaël Lapin

Par 02/09/2026 - 08:41 • Mis à jour le 02/09/2026 - 19:29

Au Mémorial ACTe, la tenue de soirées festives durant la période estivale a déclenché une vive polémique. Face à ces critiques sur la vocation mémorielle du site, le président de l'établissement, Raphaël Lapin, défend le statut commercial du lieu et dénonce une manœuvre de déstabilisation.

    Polémique sur les soirées festives au Mémorial ACTe : « L'indignation est très facile », répond Raphaël Lapin
La tenue de soirées festives au Mémorial ACTe durant la période estivale ravive plusieurs polémiques.

Le Mémorial ACTe se trouve de nouveau au centre d'une vive controverse. L'organisation d'événements festifs durant la période estivale au sein de cet espace commémoratif a en effet suscité une importante vague d'indignation.

Par le biais de leurs tribunes respectives, le professeur Serge Romana, président de la fondation Esclavage et Réconciliation, et l'artiste Thyeks ont relancé une réflexion fondamentale : quelle fonction doit réellement occuper cet établissement dédié à la mémoire de l'esclavage ?

Réflexion sur le devoir de mémoire

Le professeur Serge Romana estime que l'indignation, bien que légitime, doit inciter à une réflexion plus approfondie sur la vocation véritable de ce site mémoriel.

Dans sa tribune, il formule une interrogation essentielle : "Peut-on construire un mémorial avant d'avoir construit la mémoire ?".

D'après lui, « le problème du Mémorial Acte ne réside ni seulement dans son coût, ni dans son architecture, ni même dans son ambition. Il serait plutôt dans un possible décalage entre la monumentalité du projet et l'état de construction de la mémoire collective ».

Cette analyse rejoint celle de l'artiste Thyeks, intitulée "Nous ne nous trompons pas de lieu, nous nous trompons de questions".

Il convient ainsi de ne pas circonscrire la controverse aux seuls événements festifs du MACTe, mais de l'élargir aux attentes globales de la société guadeloupéenne envers un établissement dédié à la mémoire de l'esclavage.

"L'indignation est facile"

Invité à s'exprimer sur l'alignement de sa position avec celle du professeur Serge Romana face à l'indignation suscitée par ces festivités, le président de l'établissement, Raphaël Lapin, livre un regard critique sur la situation :

L'indignation est facile. L'indignation est très facile dans la mesure où je la trouve opportune, pour ne pas dire autre chose. Elle est facile dans la mesure où pendant 10 ans des soirées ont été organisées au Mémorial ACTe, sans que personne n'y trouve rien à redire. Désormais, ça marche, ça tourne. Les Guadeloupéens ont renoué de plus en plus avec l'établissement. La réalité, elle est peut-être là. Plutôt que de s'interroger sur des choses que nous faisons déjà, il faudrait s'interroger sur pourquoi est-ce que les gens s'indignent aussi facilement.

Des accusations fermement rejettées

Sur les limites de ce qui demeure moralement ou symboliquement acceptable au sein d'un tel lieu de mémoire, le président rejette fermement les accusations d'atteinte au souvenir :

Je m'interroge sur où étaient ces personnes indignées quand il était question que le Mémorial ACTe soit cassé, quand il était question que des humanités soient cassées à l'intérieur du Mémorial ACTe, quand il était question que des espaces soient cassés à l'intérieur du Mémorial ACTe. Ça fait 11 ans que l'établissement existe et il n'y a jamais eu ce sentiment d'indignation alors même qu'il était en péril. Aujourd'hui que l'établissement commémore et avec des commémorations où on rassemble plus de 1 000 personnes. Aujourd'hui que l'établissement pose des questions des questions de fonds en désaccord avec celles et ceux qui s'indignent aujourd'hui sur la question des réparations. Aujourd'hui que l'établissement fonctionne, réunit des Guadeloupéens et des Guadeloupéennes autour de sujets culturels, scientifiques, il y a des indignations sur la place du Mémorial ACTe et sur ce que l'établissement devrait faire ou pas.

Un statut commercial assumé

La question du maintien des locations d'espaces pour des soirées festives grand public soulève le débat sur les missions commerciales du site.

Raphaël Lapin rappelle le cadre juridique du lieu tout en dénonçant une manœuvre de déstabilisation :

Le Memorial ACTe est un établissement public industriel et commercial. Ce sont ses statuts. Ça veut dire qu'il a une partie de son ADN qui est en réalité un ADN industriel et commercial. La terrasse sur laquelle s'est déroulée cette soirée est une terrasse événementielle. Ce n'est pas moi qui l'ai nommée, elle était déjà comme ça avant. Donc, ça veut dire qu'en réalité, on est en train, effectivement, de chercher des problèmes là où il n'y en a pas, parce que l'objectif, et c'est pour ça qu'il est important de, finalement, ne pas regarder le doigt, mais de bien regarder la lune, l'objectif de ces tribunes, de ce cancan, moi, c'est comme ça que je l'appelle, c'est une volonté, finalement, qui n'est rien d'autre que de déstabiliser une gouvernance qui, enfin, fonctionne dans l'établissement. Mais je veux rassurer les uns et les autres. Nous sommes solides sur nos appuis et on va continuer de travailler au service des Guadeloupéens et des Guadeloupéennes et de la culture en Guadeloupe.

Une charte pour cadrer les événements

Quant aux éventuels manquements liés à la charte d'organisation et de location des espaces votée en mai dernier, la présidence apporte des précisions sur le respect des clauses mémorielles et les démarches en cours :

C'est peut-être là où, au final, il aurait peut-être mieux fallu passer un coup de fil. Oui, qu'est-ce qui s'est passé ? On a fait voter à ma demande une charte sur l'organisation, même pas sur l'organisation, sur la location des espaces. Il faut respecter un certain nombre de questions lorsqu'on organise. Vous voyez, on avait anticipé le sujet. Quand on se prend, finalement, des remarques comme ça, sans même que la question n'ait été posée auprès à la gouvernance, c'est que finalement, on cherche encore une fois quelque chose qui n'est pas le bien-être et l'intérêt général. On avait fait voter cette charte. Cette charte a vocation à prévenir à prévenir, à prémunir les abus dans l'exploitation quotidienne. L'article 1 de cette charte prévoit qu'il faut respecter justement la vocation mémorielle de l'établissement, qu'il faut respecter justement une certaine forme de préséance accordée au mémorial acte. Et nous estimons que dans l'organisation de ces soirées, il y a un certain nombre de manifestations, et ça, c'est en discussion aujourd'hui dans le cadre des discussions que nous avons avec l'exploitant, avec le locataire, qui n'a pas été respectée.


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