50 ans après l’éruption de la Soufrière, la « Vieille Dame » toujours sous haute surveillance

Par 08/07/2026 - 10:49

Ce mercredi 8 juillet, le Congrès scientifique de haut niveau, qui réunit près d'une centaine de chercheurs spécialisés dans la volcanologie et la sismologie, se poursuit pour une troisième journée d’échanges. Venus de 10 pays des 5 continents de la planète, ils seront au Fort Louis Delgrès à Basse-Terre ce soir à partir de 18h .

    50 ans après l’éruption de la Soufrière, la « Vieille Dame » toujours sous haute surveillance
Les scientifiques et chercheurs du Congrès 50e anniversaire Soufrière du 6 au 10 juillet 2026 en Guadeloupe venus de 10 pays des 5 continents. ©Pierre-Yves Clausse / IPGP

Hier, lors de la seconde journée du coloque, il était surtout question d'évoquer les volcans de la Caraïbe, parmi lesquels notamment celui de la Soufrière de Guadeloupe. Un volcan actif qui se porte bien et qui ne suscite pas d'inquiétudes auprès de la communauté scientifique, mais reste sous très haute surveillance. 

Jean-François Komorowski, ancien directeur de l'Observatoire Volcanologique et Sismologique de Guadeloupe, s'est confié sur l'état de santé de la Soufrière de Guadeloupe :

On ne peut pas dire qu'on est à l'abri de ce qui s'est passé en 1976. On ne sait pas quand une prochaine éruption "type 76", c'est-à-dire phréatique, sans participation directe en surface de magma, pourrait avoir lieu. Les probabilités que l'on estime avec beaucoup d'Incertitude sont de l'ordre de 2 ou 3% dans l'année à venir. On sait que ces éruptions ont lieu environ une tous les 60 à 40 ans. Donc on ne peut pas exclure l'occurrence d'une telle activité. On ne sait pas si ça sera comme en 1956 ou en 1812 ou comme en 1976.

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Physicien à l'Institut Physique du Globe à Paris où il a été responsable des Observatoires sismologiques pendant 10 ans, Jean-François Komorowski rassure sur la faible probabilité d’une éruption, même si ce n’est pas un scénario à exclure :

Il faut rester toujours prêt et vigilant parce que ce sont les éruptions les plus difficiles à surveiller. Elles ne montrent pas ou très peu de signes précurseurs compréhensibles, détectables parfois. Et c'est pour ça qu'il faut être vigilant et surtout dans les zones proches du volcan et qu'il faut avoir une bonne conscience tous les impliquées, les scientifiques, mais aussi les autorités et la population, de ce que peuvent produire ce type d'éruption.

Une surveillance de haut niveau

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Le risque zéro n’existe pas. François Beauducel, Responsable Scientifique de l'Observatoire Volcanologique et Sismologique à l'Institut Physique du Globe à Paris, s'exprime sur l'état de santé actuel de "la Grande Dame" :

On voit une source de déformation qui est très superficielle, donc qui a quelques centaines de mètres seulement sous le sommet et qui est en expansion, notamment en raison de l'activité fumerolienne [ndlr : petite crevasse d'un terrain volcanique d'où s'échappe de la fumée] et de ce qu'on appelle le système hydrothermal. Ça nous permet de suivre au cours du temps les petites variations et les pulsations. On voit la vieille dame respirer et on peut quantifier en termes de variation de volume. On parle de milliers de mètres cubes, de dixièmes de milliers de mètres cubes. Ça peut paraître beaucoup, mais pour un volcan, c'est assez faible. Ce sont des volumes de gaz qui sont soit quelquefois en expansion, quelquefois en contraction et qui évoluent au cours du temps. C'est tout à fait cohérent avec ce qu'on observe maintenant depuis 1992, le réveil des fumeroles de la vieille dame. Et puis, on voit une évolution du système hydrothermal avec de l'activité sismique. Et ces déformations dont je viens de parler là sont tout à fait en cohérence avec la compréhension que l'on a, nous, du système actif, c'est-à-dire qu'on est un système qui est en expansion, pour l'instant, qui ne montre pas de signes inquiétants au sens pour la population.

Pour Sébastien Deroussi, Directeur Opérationnel à l'Observatoire Volcanologique de la Guadeloupe, la Soufrière qui reste un volcan actif sous haute surveillance n'est pas un sujet d'inquiétude mais un sujet d'actualité d'intérêt public et un formidable outil scientifique et de recherche. Il confie :

Je pense qu'il faut toujours, par rapport à tous les grands phénomènes naturels, garder des yeux d'enfant et être admiratif et émerveillé par ce qui se passe. Maintenant, on a un phénomène qui est dangereux, qui peut être inquiétant, donc il faut le connaître pour mieux le comprendre. En général, on a peur, on panique quand on ne connaît pas une situation et donc quand une situation arrive que l'on ne connaît pas, on angoisse. Avec le volcan, c'est pareil. Et donc, il faut mieux connaître le volcan pour mieux le comprendre et pouvoir mieux réagir.

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Pour Sébastien Deroussi, éduquer et comprendre les phénomènes est le meilleur moyen d’éviter la peur. Il explique :

Il faut répéter et apprendre aux gens, s'ils ne le savent pas, ce qu'est le volcan, comment il fonctionne et quel comportement avoir en cas de manifestation. Un volcan, c'est un peu une difficulté par rapport à d'autres phénomènes physiques. C'est parce qu'il se passe sous terre et on ne voit pas ce qu'il y a dessous. Donc, on a très peu de recul alors en termes de prévision, c'est très difficile. Il faut rester prudent.

Les volcans des Caraïbes et du monde sont passés au peigne fin depuis lundi à l'Université du Camp Jacob à St Claude où sont réunis jusqu'à vendredi une centaine de scientifiques et de chercheurs spécialisés dans la volcanologie et la sismologie.

Un évènement majeur de très haut niveau entrant dans le cadre du 50e anniversaire des évènements de juillet et août 1976 de la Soufrière de Guadeloupe.


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