Le Parlement entérine la restitution des restes de six Amérindiens à la Guyane

Par 15/06/2026 - 16:17

Ce lundi (15 juin), le Parlement a entériné la restitution des restes de six Amérindiens à la Guyane. 130 ans après leur mort, ils étaient conservés au Musée d’histoire naturelle, dans les conditions indignes des « zoos humains » où ils furent exhibés.

    Le Parlement entérine la restitution des restes de six Amérindiens à la Guyane

« Nos ancêtres vont enfin pouvoir rentrer chez eux ».  Lundi (15 juin), le Parlement a entériné la restitution des restes de six Amérindiens à la Guyane. Plus de 130 ans après leur mort, ils étaient conservés au Musée d'histoire naturelle, dans les conditions indignes des "zoos humains" où ils furent exhibés.

L'Assemblée nationale a voté à l'unanimité cette proposition de loi transpartisane, déjà adoptée au Sénat et soutenue par le gouvernement, qui veut « réparer une injustice vieille de plus d'un siècle », en permettant leur inhumation sur leur terre natale, explique son rapporteur, le député de Guyane Jean-Victor Castor. Ce dernier a rappelé :

Il s'agit de l'une des pages les plus sombres de l'histoire coloniale française.

Le traumatisme des « zoos humains »

En 1892, 33 Amérindiens des peuples Kali'nas et Arawaks furent emmenés par paquebot vers l'Hexagone sous de fausses promesses, par l'explorateur français François Laveau. Ils furent exhibés vivants dans des "zoos humains" au Jardin d'Acclimatation de Paris. Huit d'entre eux ne survécurent pas à l'hiver en raison de leurs conditions d'hébergement ignobles.

Pire, cinq ans plus tard, les dépouilles de six autres furent exhumées à des fins anthropologiques : quatre hommes d'une vingtaine d'années, une femme enceinte et un adolescent. Au pupitre, plusieurs députés ont tenu à rappeler leurs noms : Pékapé, Couani, Emo-Marita, Mibipi, Makéré et Miacapo.

Depuis lors, leurs restes n'ont jamais quitté les collections publiques. Une situation que déplore le député du MoDem, Frantz Gumbs :

Ce sont des êtres humains, réduits à des numéros d'inventaire, des objets de collection, toujours présents dans les tiroirs du musée et à des milliers de kilomètres de leur terre natale. Cette histoire qui continue de peser sur les épaules de leurs descendants.

Corinne Toka-Devilliers, mène le combat pour leur rapatriement depuis cinq ans. À la tête de l'association Moliko Alet+Po, elle souhaite leur offrir des funérailles et une sépulture sur leurs terres :

C'est un jour historique, nos ancêtres vont enfin pouvoir rentrer chez eux.

Peu après son entrée en fonction, la ministre de la Culture Catherine Pégard s'était engagée, en avril, à soutenir cette demande, en poussant cette proposition de loi spécifique. Jusqu'à présent, un tel rapatriement était impossible en raison du principe d'inaliénabilité des collections publiques.

23.000 restes humains

Plusieurs lois votées ont récemment instauré des dérogations à ce principe, mais elles ne concernent paradoxalement que les demandes d'États étrangers, sans couvrir les restes humains originaires du territoire national.

La loi adoptée ce lundi (15 juin) ne concerne que les dépouilles de ces six Amérindiens. Jean-Victor Castor espère toutefois qu'elle ouvrira la voie à toutes les autres demandes de restitutions, provenant des territoires ultramarins. Il rappelle que plus « de 23.000 restes humains » sont conservés rien qu'au Musée de l'Homme et appelle à mobiliser les moyens pour les identifier.

Le député Renaissance, Christophe Marion, défend une loi-cadre pour faciliter ces restitutions à plus grande échelle. Il s’indigne de la situation actuelle :

Pourquoi acceptons-nous encore que d'autres ancêtres guyanais, caribéens, réunionnais, néo-calédoniens, polynésiens demeurent dans le même état d'abandon au nom de la science ? Traiter différemment nos ancêtres, hiérarchiser leurs dépouilles, c'est hiérarchiser leurs descendants.

Au banc, du gouvernement, la ministre a assuré vouloir « donner suite » à cette initiative, sans davantage de précisions.

Promouvoir une hiérarchie des races

Lors des débats, les députés sont longuement revenus sur ces « zoos humains », organisés en France entre 1877 et 1931. Ces « expositions », qui ont fait près de 30.000 victimes, avaient pour but de promouvoir une prétendue hiérarchie des races.

Plusieurs élus de gauche ont estimé que cet héritage colonial continue de produire des effets aujourd'hui, rappelant notamment les attaques racistes qui ont visé plusieurs maires noirs lors des municipales.

Les débats, ont enfin été l'occasion pour les députés de Guyane de rappeler les promesses non tenues de l'État, envers les peuples autochtones. En 2017, après trois semaines de mobilisation populaire, le gouvernement s'était engagé à attribuer 400.000 hectares à ces peuples. Huit ans plus tard, « aucune restitution n'a été réalisée » a souligné M. Castor :

Cette réalité nous rappelle que la reconnaissance des peuples autochtones ne peut se limiter au discours. Elle doit aussi se traduire par des actes.


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